Comment gérer l'anxiété au travail quand l'alarme reste allumée
Dimanche, 19 h 30. La vaisselle est faite, la soirée devrait être douce. Pourtant, quelque chose se serre dans le ventre : lundi s'en vient.
Si tu te demandes comment gérer l'anxiété au travail, je commence par ceci. L'anxiété n'est pas ton ennemie. C'est un système d'alarme. La question est de savoir si le tien sait encore s'éteindre.
La vigilance qui sert vraiment
Il existe une anxiété qui travaille pour toi. Elle te fait relire le contrat avant de l'envoyer. Elle te souffle de préparer ta présentation, de poser la question qui manquait en réunion.
Cette anxiété-là a un début et une fin. Elle monte devant une échéance, elle redescend quand c'est fait. Tu peux la sentir passer dans ton corps, puis le souper a bon goût.
Un repère simple : après la rencontre, est-ce que ton corps redescend ? Si oui, c'est de la vigilance. Elle a fait son travail et elle se retire.
Je ne cherche pas à l'éteindre chez les gens que je reçois. Une partie de ce qu'ils sont, dans leur métier, repose sur cette attention fine aux autres et aux détails.
Le problème commence quand l'alarme sonne sans incendie. Ou quand elle sonne si fort que tu n'entends plus rien d'autre.
Quand l'alarme ne s'éteint plus
Dans la pièce, ça ressemble rarement à une grande crise. C'est plus discret, et plus quotidien.
- Le dimanche soir qui se gâte, parfois dès le samedi après-midi.
- Le courriel relu cinq fois avant l'envoi, puis rouvert dans les éléments envoyés pour vérifier qu'il dit bien ce que tu pensais.
- Le corps qui se prépare des heures avant la rencontre.
- La conversation de la réunion qui se rejoue dans ta tête, sous la douche, au lit.
- L'impossibilité de laisser le travail à la porte, même quand tu es chez toi.
Pris un par un, ces signes semblent anodins. On se dit qu'on est consciencieux·se, qu'on a un métier exigeant.
Ce qui change la donne, c'est la durée et la place que ça prend. Quand la vigilance déborde sur le sommeil, sur les repas, sur les gens que tu aimes, elle ne te sert plus. Elle te garde éveillé·e.
Le corps au bureau, avant la rencontre
Tu es assis·e à ton poste. L'invitation de dix heures est dans ton calendrier depuis hier. Tu te dis que ça va, que c'est une réunion comme les autres.
Et pendant ce temps, la mâchoire est serrée. Les épaules sont remontées vers les oreilles. Tu retiens ton souffle sans le savoir, tu as les pieds crispés sous le bureau.
Il y a un écart entre le « je vais bien » que tu te dis et ce que dit ton corps. Devant la porte de la salle de conférence, il se braque comme devant un danger. À force, il se braque d'avance, dès l'invitation reçue.
Ce n'est pas un défaut de caractère. C'est une habitude que ton corps a apprise pour te protéger.
Un petit exercice, sans rien changer à ta journée : juste avant d'ouvrir ta boîte courriel ou en attendant que la réunion commence, porte attention à ta mâchoire, tes épaules, tes mains. Juste remarquer. Cette attention-là est déjà un premier espace.
Tu n'as rien à corriger. Si la mâchoire est serrée, tu le remarques, c'est tout. Parfois, sous cette attention, les épaules redescendent un peu d'elles-mêmes.
Le soir, en rentrant, refais le même tour. Avec les jours, tu verras peut-être quels moments reviennent : la réunion du mardi, un nom dans la boîte de réception, le trajet du matin.
Ce que l'alarme cherche à protéger
Une alarme protège toujours quelque chose. C'est la question que je pose le plus souvent, doucement, et elle surprend.
Prends le courriel que tu n'arrives pas à envoyer. Il est écrit depuis une heure. Il tient en quatre lignes, et tu l'as changé six fois : un mot trop sec, une virgule, une formule de politesse qui sonne mal.
Ce n'est pas le courriel que tu protèges. C'est autre chose : la peur qu'on te trouve trop, ou pas assez, ou qu'on remarque une faille. Le texte n'est que l'endroit où l'alarme a trouvé à se brancher.
Parfois, c'est la peur de décevoir. Parfois, celle d'être jugé·e, de perdre sa place. Parfois, c'est le besoin que tout soit sous contrôle, parce que si quelque chose échappe, ça fait trop mal.
Il arrive que cette peur soit plus ancienne que le poste. Elle peut venir d'une famille où il fallait être irréprochable pour être vu·e. D'une école où l'erreur coûtait cher. D'un premier emploi où quelqu'un a été dur.
Le travail réveille parfois ces vieilles alarmes plus qu'il ne les crée. C'est un fil possible parmi d'autres, pas une explication toute faite.
Je ne dis pas ça pour tout ramener au passé. Un milieu de travail peut aussi être réellement trop exigeant, flou ou injuste, et s'en éloigner est parfois la chose la plus juste. Les deux se côtoient souvent, et on les démêle un peu à la fois.
Comment gérer l'anxiété au travail, concrètement
Je ne te promets pas de formule. Mais certains gestes remettent un peu d'espace entre l'alarme et toi.
- Nommer ce qui sonne. Au lieu de « je suis à bout », essaie : « mon corps se prépare à quoi, là, exactement ? » Une réunion précise, une personne, une phrase attendue.
- Fixer une fin à la journée. Fermer l'ordinateur, changer de chandail, marcher dix minutes avant d'entrer chez toi. Le corps comprend les rituels mieux que les raisonnements.
- Distinguer vérifier et se rassurer. Relire pour vérifier un chiffre, un nom, le ton, c'est utile. Quand tu relis pour te calmer, note plutôt sur un papier ce que tu crains d'avoir laissé passer. Souvent, la liste est courte.
- Apprivoiser le dimanche soir. Le vendredi, note les trois premières choses de lundi. Ce qui est écrit tourne souvent moins en boucle.
- Ralentir le souffle avant d'entrer. Quelques respirations lentes, l'expiration un peu plus longue que l'inspiration, avant la réunion ou en ouvrant ta boîte courriel.
Ces gestes apaisent parfois le moment présent. Si l'alarme revient malgré tout, on peut aussi regarder ensemble ce qu'elle protège.
Je reçois, j'écoute. Il n'y a pas de grille à remplir ni de diagnostic à recevoir de moi. On regarde ensemble ce qui se passe dans ton corps, dans tes pensées, dans ta journée de travail, et d'où vient la peur.
Parfois, ce travail rejoint ce que j'ai écrit dans L'épuisement, ce signal qu'on n'entend pas tout de suite. L'anxiété et l'épuisement se suivent souvent de près.
Si tu veux voir comment se passe la thérapie individuelle, tout est expliqué simplement. Mon accompagnement n'est pas un acte médical : c'est un espace de parole.
Quand il est temps de consulter
Tu n'as pas besoin d'être au bout du rouleau pour venir me voir. Voici quelques repères.
Si l'anxiété déborde sur ton sommeil depuis plusieurs semaines, c'est un bon moment. Si tu évites des réunions, des appels ou des tâches à cause d'elle, aussi. Si ton corps te parle chaque jour, avec le ventre noué, le cœur qui s'emballe, ça mérite d'être entendu.
Si ces signes physiques sont intenses ou persistants (palpitations, serrement dans la poitrine, étourdissements), commence par voir un médecin pour écarter une cause physique. Dans un moment de crise, Info-Social 811 répond 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.
Il y a aussi des signes plus silencieux. Les vacances commencent à peine que tu penses déjà au retour. Tu ne prends plus de congé sans jeter un œil à tes courriels.
Et si ton entourage commence à dire que tu es toujours ailleurs, même à la maison, ce n'est pas un reproche. C'est une information.
On n'a pas à attendre que ça déborde pour en parler. Consulter tôt, c'est se laisser le temps de regarder les choses calmement, avant qu'elles prennent toute la place.
Je reçois à Shefford, dans les Cantons-de-l'Est, et en vidéo.
À la première rencontre, tu racontes ce qui se passe, à ton rythme. On regarde ensemble par où commencer.
Si tu te reconnais dans ces lignes, tu peux prendre rendez-vous. On commence par t'écouter.
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